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un peu d'histoire ne notre Quartier      

 

En marge de Cézanne 2006

 

Louis Gautier et Henri Pontier
A l’occasion de la commémoration du centenaire de la mort de Paul Cézanne, il est intéressant d’évoquer le monde artistique aixois de cette époque, particulièrement riche en talents. Une exposition y est consacrée au Musée du Vieil Aix : «Maîtres Aixois au Temps de Cézanne » du 1er juin au 31 décembre 2006. A la suite des ruptures et des innovations qui se produisirent dans le monde artistique et dont Cézanne est l’un des artisans, deux groupes antagonistes se sont créés : ceux qui étaient ouverts aux bouleversements et aux remises en cause, et les autres qui, bien que talentueux, demeuraient prisonniers de leur formation et de leur tempérament et tenants du classicisme académique. Les deux champions aixois de l’anti-changement nous intéressent particulièrement puisqu’ils habitaient notre quartier, ce sont Louis Gautier, peintre, et Henri Pontier, sculpteur. Louis Gautier est né à Aix en 1855. Très tôt, il est attiré par la peinture. En 1880, après avoir été à l’Ecole de Dessin d’Aix, il obtient le Prix Granet, qui lui permet de suivre les Cours de Cabanel à l’Ecole des Beaux-Arts de Paris. En 1884, il revient à Aix, épouse Anna Bérard et s’installe Villa Acantha, propriété de sa femme. Sa maison existe toujours, au coin de la rue des Nations et de l’avenue Henri-Pontier. Il entame une brillante carrière, peint énormément, bénéficie de commandes officielles (plafond de l’Opéra du Jeu de Paume, 4 tableaux allégoriques de la Salle des Etats de Provence à l’Hôtel de Ville). Il occupe diverses fonctions officielles. Il est à l’initiative du Musée du Vieil Aix et fonde la Société des Amis des Arts, qu’il présidera des années durant ; Cézanne y exposera plusieurs fois. Il ne compte plus les diplômes et les récompenses. Il fût un peintre très sensible et talentueux, maître des petits formats, d’un classicisme absolu. Il a été qualifié de « Corot Provençal » et de « Meissonnier du Paysage ». Il est resté célèbre pour son talent mais aussi pour son opposition déterminée à la peinture de Cézanne. Néanmoins, il est à noter que leurs parcours présentent de nombreuses similitudes. Tous deux sont nés à Aix de parents commerçants, vont à l’Ecole de Dessin d’Aix, se forment à Paris, puis reviennent à Aix. Ils ont de nombreux amis en commun : Villevieille, ami sincère des deux peintres, E. Ducros peintre, Numa Coste poète et peintre de talent, Marcel Provence, qui tout en fondant la Société Paul Cézanne et sauvant l’atelier de Cézanne, a aussi défendu Louis Gautier quand le vent tournait en 1928 et a demandé qu’une rue porte son nom ; ce qui n’est jamais advenu. Cependant, Gautier et Cézanne avaient, avant tout, en commun une grande et véritable passion pour la Provence et le Pays d’Aix, qu’ils ont peint chacun à leur manière : les bords de l’Arc, la Montagne Sainte Victoire, l’Estaque… L’autre opposant déterminé à Cézanne fut le sculpteur Auguste Henri Pontier, né à Aix en 1842. Il fit ses études à Paris chez Dumont, comme ses amis Hugoulin et Coquelin. Il participe à quelques salons, puis retourne à Aix pour y occuper en 1892 les fonctions de Conservateur du Musée Granet et de Directeur de l’Ecole de Dessin jusqu’en 1925, un an avant sa mort. Il n’a pas laissé une œuvre très abondante mais ses œuvres sont l’exemple même d’un académisme rigide sans grande fantaisie. Il demeurait dans la Bastide du Rocher du Dragon, qui existe toujours en bas à droite de l’avenue qui porte son nom. Certes Pontier et Gautier étaient les piliers aixois de l’opposition aux idées novatrices de Cézanne, mais ils ne furent pas seuls. Pontier prononcera la fameuse phrase, souvent attribuée à tort à Gautier: « De mon vivant aucune œuvre de Cézanne n’entrera dans le musée ». Ce dernier lui rendait bien son acharnement et le cite souvent dans sa correspondance, mais jamais Gautier. L’attitude de Pontier a eu comme conséquence la quasi-absence d’œuvres de Cézanne au Musée Granet. Toutefois, pour la posté- rité c’est Gautier qui souffrira surtout de son hostilité envers Cézanne, sans doute à cause de ses écrits, en particulier un article publié dans « Tendances Nouvelles » en 1906 peut après la mort de celui-ci. Verba volant, scripta manent ! Curieux retournement, remords ou admiration inavouée, Pontier fit deux bustes de Cézanne. Gautier fit un portrait de Cézanne de mémoire qui a disparu et l’un de ses derniers tableaux sur le motif en 1943, à l’âge de 88 ans avant sa mort en 1947, fut le portail de l’Atelier Cézanne, chemin des Lauves.

Dominique MODESTI